Facteur de coûts ou garant du résultat de l’entreprise?

15. juin 2015 en     

La maintenance constitue souvent une épine dans le pied de l’entreprise. Elle a surtout la réputation d’engendrer des coûts sans créer de valeur ajoutée. Malgré cela, elle est incontournable pour toute entreprise dotée d’installations techniques. Cet article cherche à expliquer la raison d’être de la maintenance en tant que fonction au sein de l’entreprise.
Texte: Christoph Heitz
Cas de figure 1: l’entreprise Stüürig AG fabrique des commandes électroniques ultra modernes conçues et produites en Suisse. Elle exporte dans le monde entier, est une marque reconnue et ses commandes se caractérises par leur brio technique et une fonctionnalité incomparable. La croissance constante ainsi que l’attribution de différents prix internationaux atteste du succès de l’entreprise. De ce fait, le département recherche et développement est conscient de son importance. Le responsable de maintenance des sites de production garde en mémoire le rictus du chef de projet qui a encore été félicité pour sa nouvelle idée lors de la réunion de la direction – la même réunion au cours de laquelle il a reçu un savon à cause de la paralysie de la production pendant une demi-journée engendrée par une installation défectueuse.

Cas de figure 2: le journal national NSS (Neues Schweiz-Schurnal) est reconnu pour ses articles équilibrés, ses excellents journalistes, ses recherches minutieuses et un style d’écriture convaincant. Le journal est connu bien au-delà des frontières du pays. Au sein de l’entreprise, les journalistes sont traités comme des rois. Le responsable de maintenance de l’imprimerie du journal ronge son frein: «Que seraient vos articles, si nos presses ne les imprimaient pas sur le papier avec la plus grande fiabilité“, bougonne-t-il parfois dans sa barbe.

Le dilemme

Ces deux exemples mettent en évidence le dilemme type de la maintenance: presque chaque entreprise ordonne que ses installations techniques soient fiables et irréprochables à tout instant. Ceux qui se chargent de cette fiabilité sont toutefois souvent traités de manière négligée. Ce ne sont pas eux que l’on acclame comme moteurs du succès. Mais que ce passerait-il, si les journaux étaient livrés en retard ou si les commandes n’étaient pas produites dans les temps? De tels évènements représentent la différence entre le succès et l’échec de toute l’entreprise.

Un effet psychologique est en partie responsable: une fois que quelque chose de grave s’est produit, on prend alors conscience du rôle des agents de maintenance. Cela est complètement différent pour les ingénieurs en recherche et développement: ils sont perçus via leurs succès. On imagine qu’à chaque fois que le département recherche et développement teste quelque chose qui ne fonctionne pas, on en parlera dans toute l’entreprise et le chef de projet sera cité lors de la réunion de la direction parce que son équipe a encore eu une mauvaise idée. En revanche, lorsque le responsable de maintenance fait diminuer le taux de défaillance, de 50 pour cent, ce qui représente une formidable performance, l’entreprise se met juste deux fois moins souvent en colère.

Qu’apporte la maintenance?

La maintenance doit démontrer sa contribution spécifique au succès de l’entreprise et communiquer. Très souvent, les responsables ne possèdent pas les bons termes et les bonnes compétences pour se faire comprendre de la direction. Le résultat est fatal: d’en haut, on ne voit que les coûts et non la performance pour le bien de l’ensemble.

Une condition préalable essentielle pour une communication réussie est de soi-même savoir ce que l’on apporte. L’ingénieur en recherche et développement apporte une bonne idée et sa mise en pratique. Qu’apporte l’agent de maintenance? Il existe une réponse claire à cette question: la fiabilité et la disponibilité des installations techniques. Meilleur est le travail de la maintenance, meilleures sont la fiabilité et la disponibilité atteintes. On peut comparer cela avec une quantité de production. On produit plus ou moins de produits en fonction du type et de l’intensité de la maintenance. Comme chaque production, la maintenance n’est pas gratuite – aussi bien la maintenance préventive que corrective coûte du matériel et du personnel.

Dans le contexte opérationnel, la maintenance se comprend comme une sous entreprise. La contribution des efforts de la maintenance est transformée en rendement nommé disponibilité et fiabilité. Celui-ci est en encore une fois pertinent pour l’entreprise dans son ensemble. Plus la disponibilité est élevée, plus on peut produire. Plus la fiabilité est élevée, moins il y a d’interruption de la production. La compétitivité en est directement influencée, ce qui se reflète dans des nombres comme le chiffre d’affaires, le profit ou les rendements. Si la maintenance veut expliquer sa fonction dans le contexte opérationnel, elle doit décrire cette chaîne de dépenses grâce à laquelle elle atteint la disponibilité et la fiabilité fixées et ainsi contribue au succès de l’entreprise.

Langage adapté à la gestion

En général, les responsables de maintenance sont des techniciens. Ils connaissent les détails techniques et parle un langage technique. C’est important. Pourtant, pour attirer l’attention de la direction et expliquer la fonction de la maintenance au sein de l’entreprise, on a besoin d’une traduction en langage de gestion d’entreprise. Un exemple: «En modifiant la machine comme vous l’avez proposé, elle tombera deux fois moins souvent en panne, doublant ainsi sa fiabilité.» Cette déclaration correcte d’un point de vue technique ne dit rien à la direction. L’agent de maintenance doit traduire: «De ce fait, les coûts liés à l’interruption de la production sont réduits d’un million de francs, donc un million de francs en plus de profit. C’est pourquoi vous pouvez vous permettre de dépenser les 100‘000 francs pour la modification.»

Sans cette deuxième phrase, le crédit pour la modification aurait de grandes chances de ne pas être accordé, malgré les meilleures connaissances du technicien et au détriment de l’entreprise. La faute ne vient cependant pas d’une direction idiote, mais de l’incapacité de la maintenance à expliquer sa fonction au sein de l’entreprise dans le langage de la direction. Pour cette raison, il est primordial que le technicien de la maintenance s’occupe des impacts de ses actes au niveau de l’entreprise et qu’il se forme en conséquence. Un point de vue purement technique fait abstraction d’un élément crucial de la chaîne – et cela se retourne contre l’entreprise: mauvaises décisions de la part de la direction, mauvaise performance des installations et mauvais résultat commercial. Si la maintenance maîtrise l’ensemble de la chaîne de causalité, elle peut non seulement expliquer à tout moment pourquoi elle est vitale à l’entreprise, mais aussi remplir sa fonction de manière optimale.

Auteur

Le professeur Dr. Christoph Heitz dirige les thèmes centraux Business Engineering et Operations Management à l’école supérieure des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) à Winterthur. Il est maître de conférences (Operations Management, Service Science), membre de la direction de l’Institut sur l’analyse de données et la conception de processus (IDP) et président du Swiss Institute of Service Science (SISS).

 

((Boîte)) Formations

En Suisse, les formations d’agent de maintenance sont divisées en trois niveaux distincts:

  • Le brevet fédéral d’agent de maintenance est une formation de base pour les professionnels de la maintenance. La formation au diplôme de responsable de maintenance EPS est une formation pour les cadres dirigeants et se termine par l’examen supérieur professionnel. Les deux formations sont proposées par des organisations variées. L’association fmpro organise les examens au nom et selon les objectifs de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie OFFT.

  • Au niveau de l’enseignement supérieur, l’école supérieure des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) propose un cours postgrade CAS en gestion de maintenance. Il s’adresse aux personnes qui possèdent ou souhaitent avoir des fonctions à responsabilité dans ce domaine, qui souhaitent apprendre les concepts et dispositifs modernes et obtenir une image globale de la maintenance en tant que fonction centrale au sein de l’entreprise. Informations sur: www.idp.zhaw.ch/weiterbildung.

Langage de gestion d’entreprise.

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